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- Roubaix : Ni Dieu ni maître ! à La Piscine
L'exposition Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy vient d'ouvrir au musée de la Piscine. Tour d'horizon.
1.L’anarchie à La Piscine
Adèle Taillefait, commissaire de l’exposition, souligne que Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy s’inscrit pleinement dans l’ADN du musée. Parce que donner à voir les liens entre l’art et la politique est au cœur des thématiques du musée (lire l’interview de la commissaire). Et parce que ce lieu, pensé par le maire de Roubaix Jean Lebas comme un temple de l’hygiénisme, faisait se côtoyer aux bains patrons et ouvriers. Il était un lieu de rencontres.
2. … et à Roubaix
Riche d’une industrie textile très florissante, le terreau est propice au développement de la question sociale, voire de la pensée anarchiste. En préambule de cette exposition, sont présentées des œuvres qui décrivent (idéalisent ou dénoncent) la condition des ouvriers. Au milieu du XIXᵉ siècle, ici comme partout en Europe, les réactions à la Révolution industrielle nourrissent réflexion, engagements politiques et expression artistique. La bannière exposée de La Libre Pensée Roubaisienne mentionnant Ni Dieu Ni maître datée de 1897 a été retrouvée dans les réserves du musée.
3. Un dialogue entre création artistique et pensée critique
L’exposition met en lumière les débats politiques autour de la justice sociale et de l’émergence d’un monde nouveau de la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Les artistes s’en emparent, de la répression de La Commune qui a particulièrement marqué le peintre Maximilien Luce à l’émergence de grands penseurs ou figures de l’anarchie qui tous ont des affinités avec le milieu artistique. La galerie de portraits de l’exposition est impressionnante, de Pierre-Joseph Proudhon (réalisé par Gustave Courbet) à Louise Michel. On apprend également que la pensée libertaire se diffuse sous le manteau dans une presse anarchiste vivante et illustrée par des artistes de renom (Félix Vallotton, Aristide Delannoy, František Kupka, Paul Signac, Camille Pissarro… L’image (de l’illustration d’un journal ou d’un manuel à l’affiche) devient un acte politique.
4. « La propagande par les faits »
Dans les années 1890 en France, une vague d’attentats anarchistes spectaculaires marque l’opinion publique française. Elle fait une dizaine de victimes, s’accompagne de la théorisation de la réponse policière et d’une répression (les lois « scélérates » interdisent la propagande anarchiste en 1893/1894). Les artistes, quant à eux, se mobilisent contre l’ordre établi en art, comme dans la société : presse, affiches, portraits de héros…
5. Un monde nouveau
Les artistes imaginent des lendemains heureux, comme Paul Signac avec Au temps d’harmonie. L’exposition présente également son Démolisseur, « œuvre emblématique de l’exposition, peint entre 1897 et 1899, très grand format prêté par le Musée d'Orsay à Paris. Il représente un ouvrier du bâtiment, qui attaque à coups de pioche les édifices bourgeois de la capitale, qui symbolisent évidemment l'ordre établi, auquel l’artiste veut donner un coup de pioche », explique la conservatrice. Les artistes « Fauves » (comme Maurice de Vlaminck, Kees Van Dongen et André Derain…) veulent eux aussi en finir avec l’art bourgeois et présente en 1905 à Paris des toiles aux couleurs vives, comme « sorties de leurs tubes », selon l’expression de Maurice de Vlaminck.
6. De l’Espagne en 1936 à la France de Mai 68
De « l’été de l’anarchie » en Espagne en 1936 aux barricades de Mai 68 à Paris (de l’image de Gilles Caron, on retient le drapeau noir qui flotte sur une barricade), les artistes se mobilisent et s’engagent autour de journaux, d’affiches, de photographies, de chansons (de Ferré à Brassens en France).
7. L’anarchie, sur scène et dans la rue
L’exposition met en scène un souffle libertaire aux nouveaux terrains de jeu. Les dessinateurs de L’An 01, d’Anarchy Comics, Jacques Tardi et d’autres et, dans la rue, les street artistes engagés comme Banksy font entendre leur voix. Sur scène, le mouvement punk prolonge cette critique de l’autorité et confirme un engagement, des Sex Pistols à The Clash, en passant par la styliste Vivienne Westwood ou les Berurier Noir.
Trois questions à Adèle Taillefait, commissaire de l’exposition, conservatrice chargée des collections Beaux-Arts à La Piscine
Pourriez-vous nous présenter cette exposition ?
Elle s'organise en neuf sections qui vont du milieu du XIXᵉ siècle à la période contemporaine. Elle présente une fresque globale sur des liens entre les arts et la pensée anarchiste des origines à nos jours.
…nous dire quelques mots du parcours de l’exposition ?
C'est un parcours à la fois thématique et chronologique. Thématique globalement, puisqu'on commence avec La Commune, avec les liens entre les penseurs anarchistes et les artistes. Des artistes comme Gustave Courbet, František Kupka, Maximilien Luce ou Paul Signac. Ensuite, nous allons parler plutôt de la presse, de la période des attentats anarchistes des années 1890 et nous interroger sur la guerre d'Espagne, la survivance des idées libertaires pendant le mouvement de Mai 68 pour venir clôturer cette exposition avec le punk, mais aussi avec le street art et la bande dessinée.
Pourquoi avoir choisi d’explorer les liens entre les arts et l’anarchie ?
Parce que cette thématique de l’anarchie est absolument centrale pour comprendre toute l'histoire de la production artistique de la fin du XIXᵉ siècle à notre période contemporaine. Ce mouvement politique n'est pas un mouvement marginal. Au XIXᵉ siècle, il est absolument central. Énormément d'artistes vont devenir militants et anarchistes convaincus. Ce n'est pas une histoire de marges, c'est une histoire qui permet de comprendre notre société actuelle, les idées politiques et artistiques d'aujourd'hui. Également, parce qu'on est, ici, à Roubaix, dans un ancien centre industriel très important pour toute l'Europe au XIXᵉ siècle. Une terre qui a vu aussi nombre de luttes sociales, de grèves et qui s'est posée rapidement la question du devenir de l'homme dans la société industrielle. Enfin, à La Piscine, l'art et les engagements sociaux sont un sujet depuis l'ouverture du musée en 2001.
Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy, jusqu’au 24 janvier 2027.
roubaix-lapiscine.com
Allez-y avec la C’ART, le pass musées métropolitain lacart.fr