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Le 28/11/2019

William Kentridge, artiste total

Avant la rétrospective William Kentridge accueillie au LaM en février 2020, la commissaire Marie-Laure Bernadac raconte un artiste, ses œuvres et les coulisses de l’exposition-événement.

Pourquoi avoir accepté de travailler sur cette exposition ?

J’admire cet artiste depuis très longtemps. Je trouve qu’il n’a pas une reconnaissance suffisante en France. C’est pour moi un plaisir et une joie de pouvoir enfin montrer son travail.

Comment présenter William Kentridge ?

Quand on parle de Kentridge, on s’aperçoit que ce nom est inconnu en France. On débute souvent sa présentation en soulignant le fait qu’il est sud-africain, ce qui le situe dans un continent. Cela signifie qu’une partie de l’histoire de l’Afrique et de l’apartheid est présente dans son œuvre. Il est aussi pour moi un artiste universel. Et a, par ailleurs, inventé un processus d’images animées, de dessins en mouvement.

Quand et à quelle occasion l’avez-vous découvert ?

Au musée d’Art moderne de Paris avec la pièce Ubu Tells The Truth (Ubu dit la vérité). Nous étions saisis par le procédé d’animation. C’était une pièce techniquement impressionnante et très dure qui faisait allusion à la Commission Truth and Reconciliation (Vérité et Réconciliation) qui a eu lieu avec la fin de l’apartheid. Après cela, j’ai découvert ses autres œuvres et l’ai invité en 2010 au musée du Louvre, où j’étais alors en charge de l’art contemporain. Il est intervenu dans la Galerie nationale du Jeu de Paume. Et à cette occasion, j’ai rencontré un homme à la fois séduisant, intéressant, intelligent, ironique, drôle et généreux.

Quelles sont ses singularités majeures ?

C’est ce mélange de très grande connaissance de l’histoire de l’art (il s’est inspiré de toutes les avant-gardes du début du XXe siècle), d’humanité (son œuvre est figurative) et de sa vie personnelle (il se met lui-même en scène). C’est aussi un artiste très manuel. Enfin, singularité majeure : c’est un artiste total, et cela est assez rare. Il vient du théâtre, du cinéma, du dessin qui est sa base, il fait de la sculpture, est metteur en scène d’opéras, produit des films expérimentaux….

Pourquoi cette rétrospective est-elle inédite ?

C’est la première de cet artiste peu montré en France, à part l’exposition de 2010 au Jeu de Paume. Elle expose ses premiers dessins qui sont souvent des décors pour le théâtre jusqu’à ses dernières œuvres. Parmi lesquelles figure The Head & The Load (La tête et Le poids) qui était une commande pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, faisant allusion aux soldats d’Afrique morts pendant cette guerre, inconnus et oubliés.

Pourriez-vous nous faire entrer dans les coulisses de l’exposition ?

Le LaM se prête bien à une installation qui montre la diversité de cette œuvre marquée par l’engagement de sa famille dans la lutte contre l’apartheid et parcourue par de multiples influences que nous présentons (utopies révolutionnaires, Jarry et Méliès…). L’artiste dit des choses importantes sur l’humanité, l’art, la vie, sa complexité…

…nous présenter une œuvre phare ?

Johannesburg, 2nd Greatest City After Paris (Johannesburg, deuxième plus grande ville après Paris), 1989 présentée lors de l’exposition Africa Remix, dont j’étais co-commissaire au Centre Pompidou.

Ce film rappelle que cette ville était un lieu d’exploitation de mines d’or, dans lesquelles la population noire travaillait dans des conditions terribles. Dans ce premier film d’animation, sont présents deux personnages, qui sont des alter-ego de l’artiste : Soho Eckstein, un gros capitaliste au costume rayé, et un homme toujours nu, Felix Teitlebaum, un riche et un pauvre.

Quelles sont vos obsessions ?

J’ai beaucoup travaillé sur Picasso, ayant longtemps travaillé au musée Picasso avant de diriger le cabinet d’art graphique du Centre Pompidou. Je suis très sensible aux dessins. J’aime les artistes qui ont une portée universelle et très personnelle. Comme Louise Bourgeois, dont je viens de terminer une biographie. William Kentridge fait partie de mon panthéon. Comme les artistes que j’admire, il mêle un savoir-faire et un regard sur le monde d’aujourd’hui. Et son œuvre a une dimension personnelle. Il arrive à articuler ces trois choses. J’y suis très sensible et le grand public aussi.

William Kentridge.
Un poème qui n’est pas le nôtre.
À partir du 5 février 2020.
Musée du LaM, 1 allée du Musée à Villeneuve d’Ascq
www.musee-lam.fr

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