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Capitale mondiale du design
Le 15/01/2020

Bruno Cassette : « La MEL veut devenir le plus grand laboratoire de design des politiques publiques de France »

Directeur Général des Services et tête chercheuse de la MEL, Bruno Cassette est convaincu de l’importance du design des politiques publiques au service de la de la collectivité et de son territoire.

Quels sont les POC portés par la MEL, à quoi servent-ils et comment transformeront-ils le quotidien des habitants ? Le DGS répond à toutes nos questions.

Qu’est-ce qui a motivé la participation de la MEL à la Capitale mondiale du design 2020 ?

Bruno Cassette : Dès la création de la MEL le 1er janvier 2015, à la suite de la loi MAPAM, nous nous sommes posé de nombreuses questions. Comment construisons-nous cette nouvelle identité ? Quel est le rôle d’une métropole avec 90 communes et de plus en plus de compétences ? Quels sont nos partenaires ? Qu’attendent-ils de nous ? Nous avons construit nos réponses autour de trois piliers. D’abord, notre statut d’acteur public dont la mission est d’agir au service de l’intérêt général. Ensuite, notre volonté de bien comprendre les enjeux sociétaux auxquels nous aurons à répondre. Enfin, notre conviction de la nécessité désormais de co-construire nos politiques publiques. Pour cela, nous avons été à la rencontre de nos concitoyens et de nos partenaires en « ouvrant les portes et les fenêtres de la MEL » pour reprendre l’expression de notre Président Damien Castelain, mais aussi en faisant « entrer la société dans nos murs ». Nous avons modifié notre organisation interne en 2015 pour développer les meilleures expertises. La MEL s’est dotée d’une direction des relations avec les usagers et d’une direction recherche et développement. C’est cette dernière qui porte le sujet du design de nos politiques publiques. On était acteur du design avant même d’être candidat à la Capitale mondiale. Pour nous, ce n’était pas un effet d’aubaine mais la suite naturelle d’un travail de fond. On ne devient capitale mondiale après Helsinki (Finlande) ou Taipei (Taiwan) par hasard !

Tout cela nous a permis d’élaborer un projet d’administration, présenté le 1er juillet 2016, dont une des ambitions étaient de faire des choses qui allaient concrètement changer la vie de nos concitoyens. Évidemment, devenir Capitale mondiale du design constitue un accélérateur à la fois pour nos actions mais aussi en termes d’attractivité en faisant venir à nous de nouveaux partenaires et acteurs du design. Cela a permis à la Métropole de se hisser à un nouveau rang. C’était l’objectif de notre Président avec cette candidature. En ayant conquis ce titre face à Sydney (Australie), cela nous a permis d’être plus visible sur la carte des lieux qui comptent. Plus concrètement encore, nous sommes aujourd’hui très présents à Bruxelles pour animer le réseau des acteurs publics européens innovants et favoriser les échanges de bonnes pratiques. Tout cela est passionnant et très enrichissant !

Qu’est-ce qui, selon vous, a fait la différence entre Lille et les autres villes candidates à la Capitale mondiale du design ?

B C : Je crois que trois éléments ont fait la différence. Le premier réside dans notre candidature comme métropole et non comme ville. Cela offrait non seulement un spectre d’initiatives et d’actions beaucoup plus large sur un territoire composé de 90 communes aux profils très différents mais c’était aussi une occasion, pour l’organisation mondiale du design (WDO), de reconnaître l’évolution de cette structuration du local autour de pôle métropolitain dans le monde et d’encourager dans le futur d’autres candidatures du même type. Le second élément a été incontestablement la mobilisation de tous les acteurs du territoire autour d’une ambition commune. Dans tous les domaines d’activités, les acteurs du territoire ont répondu présent et ont montré leur engagement et surtout leur envie de faire pour répondre aux attentes de la WDO. Enfin, notre candidature proposait un processus visant à déployer le design sur notre territoire plutôt que de montrer des résultats déjà acquis. Notre ambition est de faire du territoire un laboratoire d’expérimentation à grande échelle grâce aux « Proofs Of Concept » (POC). La Métropole dispose pour cela d’un véritable socle – terre d’entrepreneurs et d’initiatives – sur lequel nous pouvons nous appuyer pour développer une véritable ambition pour le design. Cette approche par l’exemple a manifestement aussi séduit le jury.

Comment le titre de Capitale mondiale du design et les POC vont-ils transformer la métropole ?

B C : C’est un formidable catalyseur. Citoyens, entrepreneurs, créateurs, collectivités, acteurs du monde de la culture et designers sont invités à imaginer et à expérimenter de nouvelles façons de concevoir, d’élaborer et de décider. Tous pourront montrer les résultats de leurs initiatives en 2020. Cette mobilisation est bien réelle puisque pas moins de 500 POC ont été déposés en quelques mois. La MEL a, elle-même, engagé 30 POC. Dès à présent et pendant plus d’un an, nous allons tous pouvoir expérimenter ces idées. 2020, année de la Capitale mondiale du design, permettra de focaliser l’attention sur les résultats des initiatives lancées. Il s’agit bien de créer une dynamique qui aille bien au-delà en créant une nouvelle façon de répondre aux attentes des citoyens, des usagers ou des consommateurs. Il s’agit de construire un véritable projet de territoire.

Quelle est votre vision du design des politiques publiques ?

B C : Un habitant de notre territoire croise en moyenne vingt fois par jour les compétences de la MEL : lorsqu’il s’arrête à un feu tricolore, qu’il ouvre un robinet d’eau potable ou qu’il sort ses poubelles. Pourtant, il ignore souvent que la MEL est derrière toutes ces missions. C’est parfois frustrant pour nos agents. Nous devons donc être encore plus visibles et surtout, continuer à fournir à nos concitoyens un accompagnement quotidien performant, au plus près de leurs besoins. Dans ce contexte, le design des politiques publiques peut clairement nous aider à améliorer l’action métropolitaine. Il permet en effet d’intégrer l’usager aux projets pour identifier au mieux ses attentes et adapter nos réponses. Il est un formidable outil de remise en question. Pour moi, toute démarche de design ou d’innovation commence par le questionnement. Le recours au design devient d'autant plus nécessaire que l'expérience utilisateur est désormais supérieure à la performance. Comprendre la réalité vécue est essentielle car la priorité n'est plus à l'analyse des problèmes mais à la recherche de solutions concrètes pour répondre aux attentes de nos concitoyens. C'est le temps du « design making » et de l'esprit startup ! Le numérique a changé l'ordre du processus d'innovation : les solutions attendent leurs problèmes et nos concitoyens sont de moins en moins patients. La mise en œuvre rapide et efficace de solutions devient un marqueur d'excellence.

Selon vous, quelle vision du design les habitants de la MEL ont-ils ? Pour eux, que vont changer les POC ?

B C : La culture du design est très présente sur le territoire métropolitain et ce, depuis longtemps. Terre d’initiatives mais aussi terre de mutations, la Métropole et ses habitants ont toujours su d’adapter et être résilients. La métropole est aussi une terre d’innovations qui a vu naître le premier métro automatique du monde, se constituer un musée d’art moderne, se créer le plus grand incubateur numérique de France avec EuraTechnologies ou encore instaurer la nuit des bibliothèques. Les entreprises ne sont pas en reste ! Derrière Décathlon ou La Redoute, elles sont nombreuses à investir le design pour développer leurs activités. Aujourd’hui, il faut aller plus loin et associer encore davantage tous les acteurs à la destinée du territoire et améliorer, avec eux, la qualité de vie dans notre métropole et son attractivité. Il s’agit de concevoir une nouvelle façon de « faire société ».

Parlez-nous des différents POC portés par la MEL ? Qu’en attendez-vous ?

B C : 30 POC sont actuellement recensés au sein des services de la MEL, tous mobilisés pour transformer le territoire. Ils embrassent la diversité de nos champs d’action : dématérialisation des documents pour un service public optimisé ; accompagnement de nos concitoyens vers un mode de vie plus sain et écologique ; soutien au développement de l’économie et de l’emploi ; anticipation de l’aménagement du territoire afin d’en assurer la cohérence géographique, topographique et sociale ; aide à l’accès au logement neuf pour les familles et les jeunes ménages ; incitation à la pratique sportive et ludique ; lutte contre la congestion routière ; production d’énergies vertes ; réduction des déchets ; évaluation citoyenne des politiques publiques… Notre volonté est de passer au crible nos politiques publiques et vérifier leur adéquation avec les exigences sociétales d’aujourd’hui.

En quoi consiste le programme expérimental « La Transfo », mené avec La 27e Région ?

B C : La Transfo est un programme de recherche-action dont l’objectif est de faire tester, par un groupe d’agents « ambassadeurs », différents outils du design des politiques publiques. Elle est active à la MEL depuis mars 2018. Concrètement, vingt ambassadeurs – des agents de sexes, d’âges, de services et de niveaux hiérarchiques différents – et trois designers ont mis en pratique le design des politiques publiques. La Transfo a, par exemple, permis d’inventer un nouveau métier : le « brico-concierge de quartier » qui va être testé cette année sur trois territoires de la Métropole. Au-delà, la Transfo a été à la fois instructive pour interroger notre façon de se transformer et nous questionner sur notre rôle dans un monde en mouvement, et utile pour mobiliser une première communauté d’agents testeurs afin de réfléchir à nos déploiements futurs. En effet, nous avons, depuis, mis sur pied une approche globale de design de politiques publiques. Cette stratégie porte le nom de « Inspire » et de manière cohérente, le magasine créé pour en assurer le support porte le nom Inspiration(s). « Inspire » est composée de plusieurs programmes qui s’appuient à la fois sur des lieux et sur des projets. Notre nouveau siège, le Biotope, dispose d’un lieu permanent dédié à l’incubation de projets innovants au service de notre territoire : le laboratoire de design des politiques publiques de la MEL. On y trouvera des services pour repenser les politiques publiques en lien étroit avec tous nos partenaires et à commencer par les habitants de notre métropole. Ce laboratoire est lié à une multitude de salles d’intelligence collective, appelées « Créabox », réparties dans tout le bâtiment. Ces lieux sont dédiés à la dynamique de transformation qui désormais fait partie de notre ADN. Ils accueillent entre autres les différentes étapes de la mise en œuvre de nos POC. La stratégie « Inspire », c’est aussi des ressources avec une équipe pluridisciplinaire dirigée par un designer. Nous avons aussi mobilisé des collaborations extérieures pour renforcer notre capacité d’accompagnement en interne.

Qu’est-ce qui a motivé l’accord-cadre de prestations de design et de conception participative ?

B C : Nous souhaitions disposer d’une véritable capacité d’action et pas simplement d’un vernis de circonstance ! Cet accord-cadre permet à la MEL de disposer des ressources, des compétences et des expériences de 5 groupements de designers qui ont vocation à accompagner la mise en œuvre des POC grâce à des prestations de design et de conception participative qui font appel à des facilitateurs de la participation : des graphistes, mais aussi des sociologues, anthropologues, économistes… Les responsables de POC de la MEL peuvent ainsi puiser, auprès de ces groupements, des ressources pour renforcer leur démarche. Ces designers sont aussi à la disposition de tous les services de la MEL pour entreprendre une réflexion sur leur état de l’art. Cela permettra de diffuser encore davantage la philosophie design sur le territoire.

Aujourd’hui, peu de métropoles françaises ont intégré dans leur stratégie et leurs activités des prestations de design. Le cas de la MEL va avoir valeur d’exemple pour d’autres métropoles de la même taille. Comment ces prestations de design et de conception participative vont se mettre en œuvre au sein des bureaux de la MEL et dans ses différentes communes ?

B C : Notre ambition est de devenir demain le plus grand laboratoire de design des politiques publiques de France et d’essaimer en Europe. Et pour cela, nous disposons de plusieurs outils qui vont nous permettre d’acculturer les acteurs à la question du design et d’engager le territoire dans une dynamique puissante : avec notre laboratoire qui impactera forcément notre organisation interne, nous souhaitons accélérer le changement de culture d’action publique qu’appellent les nouveaux enjeux sociétaux. Notre objectif est aussi de diffuser cette philosophie design au-delà de nos murs. Avec notre accord-cadre, nous pourrons accompagner et outiller les territoires, notamment les communes. Cette dynamique sera complétée et renforcée par une série d’événements d’envergure nationale et internationale, constitutifs du programme de la Capitale mondiale du design pour le design des politiques publiques. Ainsi, nous avons été heureux de contribuer à l’organisation de la première « Fabrique du changement » à Lille le 14 novembre dernier, et qui a permis de faire naître une première communauté d’acteurs solidaires, bienveillants et entreprenants au service de l’innovation managériale et des transitions. Une étape et un marqueur importants dans notre volonté de contribuer à créer, sur notre territoire, de nouvelles façons de faire et  de nouvelles logiques collaboratives… et ainsi de nous inscrire dans ces principes et démarches qui émergent des transitions puissantes que nous sommes en train de vivre, et que nos concitoyens appellent de leurs vœux.  

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