Hommage à Michel Pacaux

Hommage à Monsieur Michel PACAUX

Intervention
Damien CASTELAIN,

Président de la Métropole Européenne de Lille
Conseil métropolitain du 13 février 2015

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      Mes chers collègues, il y a à craindre que les murs de notre institution ne se mettent à trembler ce soir,
      car la Métropole perd un de ses piliers.

Notre ami et collègue Michel Pacaux m’a en effet remis sa démission et exprimé son souhait de quitter notre assemblée.

N’en tirez surtout pas la conclusion qu’il prend sa retraite, ce serait mal le connaître que de penser que cette retraite puisse être autrement que très active et très remplie, toujours au service des autres, à l’image de toute sa vie.

Cette lettre, je sais qu’elle a été très difficile à écrire pour lui, car tout au long de sa longue vie d’élu, il a toujours refusé de démissionner, de baisser les bras, que ce soit devant les difficultés, devant les obstacles, et même devant la maladie. Cette lettre je ne la reçois pas comme une démission, pas plus que ce soir nous te disons adieu, non, car c’est juste un au-revoir. Je sais que tu as encore de nombreux projets dans ta commune, et je sais que tu viendras les défendre ici avec la même énergie et le même enthousiasme, et que l’on te croisera encore souvent dans les couloirs de la MEL.

Cher Michel, nous profitons donc de cet au-revoir pour te rendre hommage, pour te remercier, t’exprimer notre gratitude, et notre affection.

Vous allez voir en arrière-plan quelques photos collectors et je souhaitais te rendre hommage avec ces photos.
 
Si tu n’es pas le doyen de cette assemblée par l’âge, privilège de notre collègue Jacques Pastour, tu l’es indéniablement par la longévité, toi qui as vu naître cette institution, et je n’étais pas né, et qui a œuvré à sa construction, participé à son développement.

Nous n’avons pas convoqué ce soir le Guiness Book des Records, et pourtant, tu es en France, le seul conseiller communautaire à avoir siégé sans discontinuité de 1971 à 2015, soit un petit mandat communautaire de 44 ans, 44 ans, 4 présidents et 1 présidente successifs, le seul à avoir cumulé plus de 7 mandats et entamé ton huitième.

Tu as siégé comme vice-président pendant 5 mandats, soit 31 ans.

Mes chers collègues, record à battre !

Ceux qui ont rejoint notre assemblée en 2014, Michel nous donne donc rendez-vous en…. 2 058 !

Mais celui qui pourrait prétendre te détrôner en 2021 n’est autre que le sémillant et nouveau recordman de l’Assemblée, le Maire de Villeneuve d’Ascq Gérard Caudron, qui devient donc le « nouveau poilu » de la Métropole Européenne de Lille (élu depuis 1977).

Une telle longévité, mon cher Michel ce n’est PAS Commun !
Cette longévité est d’autant plus exceptionnelle que ton obsession est de servir, et non pas de durer.

Voyez-vous mes chers collègues, il y a des hommes dont on dit qu’ils ne sont que des mots. Chez nous on dit, et tu prenais souvent cette expression  « grand parleu, petit faiseu ».

Et bien Michel, c’est un « grand parleu, et un grand faiseu ».

Quand il annonce qu’il va se battre pour un projet, ou contre un projet, croyez-moi, il n’y va pas que pour la syntaxe, ce n’est pas pour faire joli sur un tract électoral. Il va « vraiment » se battre.
Dans ces cas-là, l’homme doux, généreux et souriant que l’on connaît tous, passe alors en mode guerrier.
Et vous avez tous quelques anecdotes de Michel mais je vais vous en citer quelques-unes.

D’abord en 1985 contre le projet Tumulus, qui prévoit d’installer une gigantesque décharge aux confins de la Lys et de la Deûle.

Michel tient tête à Arthur Notebart, alors tout puissant président de la communauté urbaine.

Le matin du vote, il annonce qu’il votera contre.
Arthur Notebart t’enferme dans son bureau pour que tu ne puisses pas prendre part au vote.

Il tient bon jusqu’au bout, contre la majorité communautaire, contre le président, contre le préfet, contre la terre entière. Et il obtient que le nouveau Conseil élu en 1989 renonce à ce projet.

Il dit volontiers de lui-même qu’il est un rottweiler : quand il a planté ses crocs dans un mollet, il n’y a rien à faire pour lui faire lâcher prise.

Autre combat mon cher Michel : celui pour la reconquête de l'ancienne teinturerie de Frelinghien.

En 1995, après bien des vicissitudes, la Teinturerie, qui s'étend sur plus de 2,5 ha dans le centre du village, ferme ses portes définitivement.

Michel tu te mets en mode combat et « tu mets les pieds dans le plat », pour reprendre son expression. Il prend un arrêté de péril imminent, constate « la défaillance du propriétaire » et du liquidateur judiciaire et finit par acquérir « en faisant un peu de hors-piste » comme tu le dis, le site pour le franc symbolique, allant même jusqu’à prendre des risques sur tes biens propres !

Et celui qui a arrêté ses études à 16 ans, parce que son père était souffrant, mais qui a étudié le droit, le soir, en autodidacte, va plaider lui-même au tribunal.
Il refuse de se faire accompagner d’un avocat et rédige lui-même ses conclusions.
Ses efforts portent leurs fruits ; moins de 10 ans plus tard,  le site est remis en état, démoli et dépollué : des maisons, des collectifs, un parc urbain et une mairie flambant neuve sont inaugurés en 2006.

Ce combat, vital pour le développement de sa commune va servir de préfiguration à toute la politique communautaire de traitements des friches industrielles, de reconquête urbaine et de Ville Renouvelée.

Sans le « culot » de Michel, qui a successivement bravé les industriels, les spéculateurs, les autorités administratives et même la justice, nous n’aurions pas pu imaginer cette politique innovante, qui nous a donné des années d’avance sur cette question.

Fort de cette expérience, Michel devient le « Monsieur friches industrielles » à la communauté urbaine. Il rédige un rapport sur les friches et un très précieux « répertoire des jurisprudences administratives civiles et pénale » destiné aux élus locaux.
Sa compétence sur le sujet est reconnue ici sur tous les bancs, et plus largement en France. Vincent Sol, grand expert français de la dépollution, aime à venir déjeuner avec lui comme tu nous l’as rappelé souvent

Autre combat et je m’arrêterai là pour les exemples. Celui contre le projet de l’A 24 qui menaçait de défigurer sa très chère campagne. Il a initié la contestation, conviant les opposants à manifester, mégaphone au poing, au Pont du Badou (personne ne connaissait le pont du Badou avant Michel Pacaux) dénonçant l’inutilité, le manque de rentabilité et le danger représenté par une autoroute supplémentaire, mobilisant les belges avec lui.

Comme disait André Diligent, dont tu étais proche, c’est ton sillon, et tu n’as pas attendu d’être élu maire de Frelinghien  pour commencer à le creuser.

Dès lors, tu t’es attelé tout entier à la tâche, avec un sens du service public chevillé au corps, et cette belle empathie que nous connaissons tous, ici, élus bien entendu, mais aussi fonctionnaires, du grade le plus élevé au plus modeste.

Cette empathie naturelle, mon cher Michel, t’a permis de créer des liens avec chaque habitant de ton village, dont on dit que tu les connais toutes et tous par leur nom et prénom, et tu rajoutais à chaque fois, y compris les chiens !

Son engagement désintéressé au service des autres, ses combats emblématiques, lui ont acquis toute notre estime, notre considération et notre affection.

Merci pour tout ce que tu as donné à ce territoire. La gratitude de ses habitants et de nous-même te sont définitivement acquis.

Tu restes le bienvenu dans cette grande maison qui est un peu la tienne, et puisque ce n’est qu’un au-revoir, je fais le pari que, lors de notre prochaine réunion du conseil, nous lèverons la tête, et tu seras là-haut, en tribune, et chacun viendra te saluer comme à chaque fois puisqu’en 44 ans de mandat, tu n’en as raté qu’un seul.

Je t’invite à rejoindre le pupitre sous les applaudissements de l’assemblée.

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Damien Castelain
Président de la Métropole Européenne de Lille
le 13 février 2015

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